La prévoyance du chef d’entreprise – Interview SMART PATRIMOINE

Par Lily
Le 20 septembre 2021

Dans cette interview croisée, Sonia Elmlinger, Directrice Générale de Social Care Consulting, courtier indépendant spécialiste de la protection sociale et Romain Charles, CEO de Lucky Cart depuis 4 ans nous aident à mieux comprendre les enjeux de la prévoyance lorsqu’on est chef d’entreprise.

Pourquoi faut il s’intéresser à sa prévoyance quand on est chef d’entreprise?

Sonia Elmlinger: « Quelque soit son statut en tant que chef d’entreprise, salarié, travailleur non-salarié ou profession libérale, il est important de se préoccuper de sa prévoyance.

En effet, la couverture de base qui comprend la couverture de la Sécurité Sociale et celle des caisses de prévoyance dont on dépend, ne couvre pas la totalité de la perte de revenus en cas de décès, d’invalidité ou d’arrêt de travail. On peut donc se retrouver en grande difficulté financière, mettre en difficulté sa famille mais aussi menacer la pérennité de son entreprise »

 

La situation est elle la même en fonction de son statut de chef d’entreprise?

Sonia Elmlinger: « Les trois statuts sont complètement différents.

Quand on est salarié, on est mieux protégé mais pas pour tout. Si on est associé et qu’on décède, cela peut mettre en dfficulté l’entreprise.

Si on est au chômage par exemple, et qu’on est mandataire social, on n’a pas de couverture chômage comme un salarié traditionnel. Donc, il y a pas mal de carences à couvrir.

Quand on est travailleur indépendant, cela dépend des caisses de prévoyance auxquelles on est rattaché. Si on est profession libérale, on peut avoir d’importantes carences, même si depuis le 1er juillet 2021, il y a eu quelques réformes pour les corriger. « 

 

Concrètement, la prévoyance pour le chef d’entreprise, c’est quoi?

Sonia Elmlinger: « La prévoyance est une assurance qui va couvrir trois risques et pallier à la perte de revenus générée par ces accidents de la vie.

D’abord la prévoyance couvre le risque décès, le plus important. La prévoyance sera alors soit un capital qui va rentrer dans l’entreprise dans le cadre d’un contrat homme-clef soit un capital qui va être versé à la famille du chef d’entreprise ou une rente pour ses enfants ou son (sa) conjoint(e). Donc dans le cadre d’un décès, la prévoyance doit d’une part protéger l’entreprise et d’autre part protéger la famille.

Le deuxième sujet, c’est l’invalidité à savoir lorsqu’on ne peut plus exercer son activité professionnelle. Le contrat prévoyance vient alors couvrir la perte de revenus jusqu’à la retraite.

Le dernier volet, c’est l’arrêt de travail. Si jamais on a un arrêt de travail temporaire, le contrat de prévoyance va couvrir la perte de revenus liée à cet arrêt d’activité. Cette perte de revenus dépendra de la caisse de prévoyance dont dépend le chef d’entreprise. En effet, en fonction de sa caisse de prévoyance et se son métier les règles d’indemnisation des couverture prévoyance obligatoires sont différentes. Par exemple si vous êtes avocat ou autre profession libérale, vous n’avez pas d’indemnités les 3 premiers mois d’arrêt de travail. Et ce alors que vous avez des charges fixes à payer. La prévoyance vient alors corriger cette carence en assurant un revenu au chef d’entreprise.

Autre exemple avec un travailleur indépendant gérant de SARL. Son indemnité en cas d’arrêt de travail se situe entre 22 euros et 56 euros d’indemnités par jour c’est à dire 660 euros par mois. Si vous avez une famille à nourrir et que vous habitez, par exemple en région parisienne, ça risque d’être un peu compliqué financièrement.

La solution pour éviter ces problèmes de perte de revenus, c’est de passer par des contrats de prévoyance permettant d’anticiper tous les aléas de la vie. Le contrat de prévoyance prend le relais, que ce soit pour protéger une entreprise ou la famille. « 

 

Quels sont les différents dispositifs de prévoyance pour un chef d’entreprise?

Sonia Elmlinger: « On peut mettre en place plusieurs dispositifs.

  • le contrat homme clef pour protéger l’entreprise en assurant le chef d’entreprise. Le contrat homme clef peut également assurer toute personne dont l’incapacité à travailler menacerait le revenu et l’activité de l’entreprise. Par exemple, un commercial qui engrange énormément de chiffre d’affaires. Le contrat homme clef va pallier à la perte financière pour l’entreprise en cas de décès ou d’invalidité de cette personne. Aujourd’hui, on sait qu’un tiers des entreprises qui disparaissent se retrouvent dans cette situation à cause d’une indisponibilité temporaire ou définitive du chef d’entreprise. Cette garantie n’est donc pas à négliger quand on souhaite protéger la pérénnité de son activité.
  • un contrat de prévoyance classique pour protéger la famille en cas de décès, d’invalidité et d’arrêt de travail.

Malheureusement, en France, ce sont des sujets qu’on n’aborde peu contrairement aux pays pays anglo saxons où ces sujets sont extrêmement suivis. Le sujet est tabou alors qu’il est crucial de s’en préoccuper. En effet, même une indisponibilité temporaire, une maladie ou quoi que ce soit peut vraiment mettre en danger son entreprise et son patrimoine. Quand on a passé des années à construire son entreprise, son patrimoine et à protéger sa famille, se mettre en danger pour quelques mois d’arrêt de travail, c’est vraiment dommage. « 

 

Quand on est jeune et qu’on se lance dans une aventure entrepreneuriale, le sujet de la prévoyance est elle un sujet auquel on pense d’emblée?

Romain Charles: C’est un sujet auquel on ne pense absolument pas. Avant Lucky Cart, j’ai travaillé 18 ans en multinationale où on n’a pas vraiment à s’inquiéter de ce genre de problématique. Et ensuite, quand on est entrepreneur, on a la tête dans le guidon. On travaille beaucoup, on aborde beaucoup de sujets différents et on n’y pense absolument pas. Et pourtant, c’est important de pouvoir se poser et de réfléchir à comment se protéger. En effet, être entrepreneur en tant que tel, c’est déjà une prise de risque. Mais si on peut limiter les risques pour soi, pour son entreprise et pour les siens, c’est quand même beaucoup mieux. C’est pour ça que j’ai fait appel à ce type de produit.

 

Qu’est ce qui vous a convaincu?

Romain Charles: « C’est peut être une situation particulière chez moi mais je suis marié, j’ai trois enfants dont une fille qui a une maladie grave. Moi même, j’ai une maladie rare. Du coup, on ne sait jamais vraiment de quoi l’avenir sera fait et on essaie de se protéger au mieux. C’est ce qui m’a poussé à prendre des garanties de prévoyance pour protéger ma famille.

Au départ, j’ai surtout pensé à ma famille, puis à moi, puis à l’entreprise. J’ai regardé les différents produits qui existaient et c’est comme ça que j’en suis arrivé à une assurance chômage, à la garantie homme clef et tout ce qui était nécessaire pour faire face à n’importe quel aléa de la vie. »

 

Comment s’est passée la mise en place de votre prévoyance?

Romain Charles: « Quand on est chef d’entreprise et qu’on fait le constat de la nécessité de se protéger ainsi que son entreprise et sa famille, il faut aller voir un professionnel qui nous accompagne dans cette réflexion. Le professionnel maitrise le sujet et il saura quelles questions se poser.

Ce qui est difficile, c’est d’arriver à se poser la question de la nécessité d’une prévoyance et de se tourner vers un spécialiste du patrimoine et de la protection pour pouvoir nous accompagner. Mais une fois qu’on s’est posé la question, tout roule. Je ne maîtrisais pas du tout ce sujet là et je ne le maîtrise toujours pas. C’est important de se faire accompagner.

On a toujours ce sentiment d’être indestructible. Quand on se lance dans une entreprise, on se dit qu’on va réussir coûte que coûte et on ne pense pas à tout ce qui peut arriver à côté. « 

C’est le principe même de l’entrepreneuriat : y croire à fond et oublier peut être tout ce qui fait que ça ne pourrait ne pas marcher.

 

En discutant avec d’autres entrepreneurs, constatez vous une prise de conscience similaire à la vôtre ?

Romain Charles: « J’ai l’impression que ça a un peu de mal à décoller. On a du mal à comprendre qu’il va y avoir un risque et qu’on pourrait se retrouver dans une situation difficile.

Quand on est entrepreneur et mandataire social, on n’a pas d’assurance chômage. Ce n’est pas une évidence au départ. J’ai repris la boite, on était 14, on est 45, on crée des emplois, on crée de la valeur, on est responsable. Je n’ai pas pensé une seule seconde que je n’aurais pas droit au chômage. Heureusement, j’ai pu être accompagné et conseillé sur ce sujet. Je n’y serais peut être pas venu tout seul, naturellement. « 

 

Vous constatez la même chose Sonia Elmlinger, auprès des chefs d’entreprise?

Sonia Elmlinger: « Il faut faire beaucoup de pédagogie quand on est face à des chefs d’entreprise car la prévoyance n’est pas leur priorité surtout les premières années. La prévoyance est en effet vue comme un coût supplémentaire en plus du reste.

Et plus les chefs d’entreprise sont jeunes, moins c’est une priorité. Les problèmes de santé, pour eux, c’est très, très loin. Et donc, ils ne s’en préoccupent pas du tout.

Or c’est quand on est jeune qu’il faut souscrire ce type de protection car après, si on a un problème de santé, on peut se retrouver face à des questionnaires de santé où on va avoir plus de difficultés à se couvrir. Donc il faut vraiment s’y prendre le plus tôt possible. « 

 

Que faire pour se protéger en tant que chef d’entreprise?

Romain Charles: « J’ai fait le choix de faire complètement confiance à un spécialiste parce que je n’avais pas le temps de me mettre dans un tel sujet. Du coup, on a discuté , j’ai eu plusieurs propositions sur les différents niveaux de couverture et rapidement, je me suis rendu compte que c’est quelque chose avec lequel je ne voulais pas négocier, c’est à dire que je préférais avoir le niveau de couverture maximum ».

 

Comment choisir le contrat le plus adapté ?

Sonia Elmlinger: « Le contrat de prévoyance est vraiment du sur-mesure. Il y a autant de cas que de personnes. Certaines ont déjà une famille, certains sont associés etc… Donc, on va prendre tous ces paramètres en compte et après trouver le meilleur contrat.

Le contrat de prévoyance doit pouvoir ensuite évoluer. Il faut en effet mettre à jour les garanties régulièrement, idéalement tous les ans, pour ajuster le contrat aux éventuels changements de situation. La situation familiale du chef d’entreprise peut changer, mais aussi son statut. Il peut être libéral au départ, et puis ensuite s’associer, être salarié et devenir travailleur non salarié ou le contraire. C’est pour ça qu’il faut vraiment mettre à jour régulièrement ses contrats ainsi que leurs clauses bénéficiaires. »

 

Quand on a réglé le sujet de la prévoyance comment se sent on en tant que chef d’entreprise? Ressent on une certaine sérénité?

Romain Charles: « J’ai toujours estimé que la prise de risque était une vraie compétence et une vraie qualité. Par contre, quand on prend des risques, il faut que ce soit des risques mesurés. Avoir souscrit un contrat de prévoyance ne m’apporte pas de la sérénité, mais j’ai juste l’impression d’avoir pris un risque mesuré pour mon équipe, ma famille et moi au final. «