Piocher dans ses revenus actuels avec l’encouragement du cadeau fiscal pour toucher des revenus réguliers mais fiscalisés, la promesse du PER demande de la persévérance mais aussi de l’habilité pour jongler entre les formules disparates rassemblées sous sa bannière.

Principe
Institué par la loi Pacte du 22 mai 2019 afin de prendre le relais des dispositifs existants (Perp, contrats Madelin, plans d’épargne retraite d’entreprise), le nouveau plan d’épargne retraite se présente comme une « enveloppe retraite » aux règles financières et fiscales harmonisées. Souscrit à titre individuel (auprès de son banquier, assureur, courtier, etc.) ou collectif (par l’entreprise pour le compte de ses salariés), le PER s’organise autour de trois compartiments respectivement dédiés aux versements individuels volontaires, aux primes d’épargne salariale et aux cotisations obligatoires des régimes catégoriels d’entreprise. Ce plan gigogne « suit » le futur retraité tout au long de son parcours professionnel. On peut, en effet, transférer l’épargne cumulée d’un réceptacle PER, individuel ou collectif, à un autre moyennant des frais de 1 % pendant les cinq premières années de souscription puis de 0 % au- delà.

Le PER reste par définition u n produit tunnel, bloqué jusqu’à l’échéance de la retraite, mais il gagne en souplesse par rapport aux Perp et contrats Madelin. Il peut non seulement être dénoué prématurément en cas d’accidents de la vie (décès du conjoint, invalidité, liquidation judiciaire, etc.), mais également être récupéré, moyennant imposition, pour contribuer à l’achat de sa résidence principale. Surtout, à échéance, le souscripteur pourra au choix « opter pour une rente viagère ou récupérer le capital généré par ses versements individuels en une seule fois ou au gré de retraits progressifs pour profiter d’un complément de revenu régulier », souligne Sonia Elmlinger.

Fiscalité
A l’entrée, les souscripteurs de PER peuvent déduire leurs cotisations individuelles de leur revenu imposable dans des limites indexées chaque année sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (32.419 euros et jusqu’à 76.100 euros pour les travailleurs non salariés en 2020). Autre bonus, l’épargnant a la possibilité de profiter rétroactivement de ses plafonds de déductibilité non épuisés les trois années précédentes ainsi que de ceux de son conjoint, ce qui constitue « un véritable plus pour les entrepreneurs indépendants », note Sonia Elmlinger.

A la sortie l’épargne récupérée est imposable selon des modalités variables. Si le retraité touche un capital, cette somme sera (y compris en mode fractionné) soumise au barème de l’IR (impôt sur le revenu) hors plus-values, celles-ci étant taxées au PFU (prélèvement forfaitaire unique) de 30 % (dont 17,2 % de prélèvements sociaux). S’il opte pour une rente viagère, elle sera fiscalisée sur la base du régime des pensions de retraite après abattement de 10 %, mais les prélèvements sociaux seront dus uniquement sur 40 % de la rente entre 60 et 69 ans et 30 % au-delà.

Sur le plan successoral enfin, si le détenteur décède avant 70 ans, ses bénéficiaires désignés profiteront du régime fiscal dérogatoire de l’assurance-vie (abattement de 152.500 euros sur les sommes capitalisées transmises). S’il disparaît après 70 ans, l’abattement tombe à 30.500 euros (intérêts du contrat compris) et le régime classique des droits de succession s’applique.

Avantages retraite
Flexible et transférable, le PER permet à ses souscripteurs de profiter des vertus financières de la diversification dans le temps à travers un mode de gestion par horizon qui s’impose par défaut (la gestion libre reste bien sûr possible). Pilotée en fonction de la durée qui sépare le souscripteur de l’âge de la retraite, cette gestion déléguée respecte une grille d’allocation d’actifs évolutive (dix ans avant la date de liquidation, la part de supports peu risqués grimpe progressivement pour devenir largement majoritaire), ajustable à la demande en profils de risques plus ou moins marqués (prudent, équilibré, dynamique).

Points faibles
Le PER reste un placement peu liquide, à souscrire en complément d’une assurance- vie, surtout si l’on est fortement imposé en phase d’alimentation de son plan. L’effet de levier sur la capitalisation finale qu’induit la possibilité de déduire ses cotisations de son revenu ou bénéfice imposable vaut en priorité pour les contribuables soumis à un taux de TMI de 30 % et plus.

« Les cadeaux fiscaux sont d’appréciables cerises sur le gâteau mais en aucun cas ils ne doivent déterminer de façon exclusive un choix de placements retraite », rappelle Sonia Elmlinger.

Laurence Delain / Journaliste
Source : https://www.lesechos.fr/